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Actualités Afrique

Au Mali, les islamistes s'en prennent à la grande mosquée de Tombouctou

MFI/RFI

A Tombouctou, les hommes du groupe Ansar Dine ont recommencé à détruire des lieux saints mardi 10 juillet. Dans leur folie destructrice, après les cimetières et des mausolées, les islamistes, qui considèrent la représentation de Dieu strictement interdite, s'en sont pris à l'un des plus grands symboles de la ville : la grande mosquée.


Au Mali, les islamistes s'en prennent à la grande mosquée de Tombouctou

Djingareyber est un édifice mythique construit en banco, en terre, au XIVe siècle. C’est la mosquée du vendredi, qui accueille 14 000 personnes chaque fin de semaine. L’Unesco l’a classée récemment au Patrimoine mondial en péril. C’est un lieu fondamental pour les musulmans et notamment les grandes familles soufies de la ville qui y viennent en pèlerinage.

En ce mardi 10 juillet au matin, les islamistes d’Ansar Dine, proches d’Aqmi, commencent par détruire deux mausolées qui jouxtent la partie ouest de cette grande mosquée. « Vers 8 heures, témoigne un habitant de la ville, il y avait une quarantaine de moudjahidines d’Ansar Dine qui sont allés casser la grande mosquée de Djingareyber. Il y avait un saint qui s’appelle Mohamed el-Fulani. Ils ont
démoli la maison dans laquelle il se trouvait. Ils ont détruit tout ce qu’on a. On n’a pas de forces pour nous défendre
 ».

Désespoir des populations...

Tous les accès à la grande mosquée sont bloqués. Des 4x4 équipés d’armes lourdes sont stationnés aux carrefours. Personne ne passe, personne n’est autorisé à regarder. Les islamistes prennent de force les caméras de journalistes locaux. Les anciens de Tombouctou sont désespérés : « Les islamistes sont venus, armés jusqu’aux dents ! Ils ont bloqué la rue ! Personne ne passe ! Ils sont là-bas actuellement. Je suis vraiment touché… Touché ! Je suis vraiment touché ! Il y a même des hommes qui sont en train de pleurer, des vieilles personnes ! », rapporte un habitant.

Les habitants de la ville aux 333 saints déplorent l’inaction du gouvernement malien et des instances internationales. « Ils ne font que condamner. On en a marre, disent-ils, ça ne change rien ! Il y a urgence à reprendre le terrain ». « Nous sommes impuissants... On s'en remet à Dieu », ajoute un imam qui ne peut pas parler officiellement, car il craint pour sa vie.

Dès qu’un mausolée est détruit, les réactions d’indignation se multiplient : gouvernement malien, chancelleries internationales, Unesco… Toutes les instances communiquent. Mais pour les Tombouctiens, ce ne sont que des mots. Et les habitants, très critiques envers les autorités de Bamako, n’en peuvent plus : « Aujourd’hui à Tombouctou tout le monde a peur, parce que le gouvernement ne fait aucun effort ! On en a ras le bol ! Rien ne bouge, on n’a pas les moyens physiques, on n’a pas d’armes. On n’a rien ! Tout le monde, les imams aussi bien que la population, tout le monde est excédé ! C’est la crise totale ! »

 

... et ralliement à Ansar Dine

 

Le quotidien est tellement dur que nombre de gens n’attendent plus rien du gouvernement malien, et s’inquiètent de voir quotidiennement des jeunes de Tombouctou intégrer les rangs d’Ansar Dine par désespoir. « Le sud ne s’est jamais occupé du nord ! La Cédéao, l’ONU, vraiment, ils s’en fichent de la vie des gens ! Nous, on en a marre de ce gouvernement malien et même de cet Etat malien ! Les jeunes aujourd’hui sont au désespoir ! C’est la raison pour laquelle ils intègrent aujourd’hui Ansar Dine ! Et si ça continue, tout ce peuple qui est là aujourd’hui va l’intégrer, malgré lui-même ! On n’a pas le choix ! », s’emporte un autre.

En détruisant les mausolées, les intégristes d’Ansar Dine et d’Aqmi cherchent bien évidemment à choquer la communauté internationale. Mais ils savent bien que dans le même temps, ils soumettent chaque jour un peu plus la population de Tombouctou.

 

RFI

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Rédigé par MFI/RFI le Mardi 17 Juillet 2012