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A LA UNE FRANCE

Est-ce qu'on aurait dû prolonger Laurent Blanc avant l’Euro?

Slate.fr

Le contrat du sélectionneur se termine après l'Euro. Est-ce une situation saine pour qu'il puisse mener à bien sa mission? La question divise la rédaction.


Est-ce qu'on aurait dû prolonger Laurent Blanc avant l’Euro?
La question agite la sphère médiatico-footballistique depuis plusieurs mois. L’intérêt que Tottenham, entre autres, porte au sélectionneur national, n’arrange pas les choses. Laurent Blanc, embauché pour 2 ans en 2010 voit son contrat se terminer à l’issue de l’Euro. A la sortie d’une phase de groupes pas vraiment maîtrisée et avant d’affronter l’Espagne de Del Bosque, nous refaisons le débat. Fallait-il prolonger Blanc avant le début de l’euro? Oui pour Olivier Monod, non pour Ludovic Job.

NonD'abord voir si le boulot est bien fait

Un football français convalescent. En prenant les rênes de la FFF, Noël le Graët hérite d’une maison malade. Les internationaux français sortent d’une grève et d’une compétition ratée. Le sélectionneur a tendu les relations avec les médias. Le nombre de licenciés est en baisse. Bref, rien ne va.
Une bonne partie de cette situation est imputable à la décision, avant l’euro 2008, de prolonger Raymond Domenech. A cette époque, le sélectionneur sort d’une finale de Coupe du monde. Il semble vouloir et pouvoir réussir la transition entre la génération 98 et la suivante. Il est reconduit. Après un euro raté, il est fragilisé. On le garde pour donner des gages de stabilité aux instances internationales et obtenir l’organisation de l’euro 2016. Cela nous conduit dans le bus de Knysna....
Pour éviter de nouvelles désillusions, le président de la fédé souhaite voir si le travail de Lolo sur le banc paie effectivement en compétition. Le premier tour des Bleus ne permet pas de trancher dans un sens ou dans l’autre. Au vu de l’histoire récente du football français, il n’y a là rien d’anormal. Il est compliqué de faire à nouveau confiance après avoir été trompé. Le coeur de la FFF a saigné en Afrique du Sud, elle ne va pas le remettre sans conditions dans les mains d’un autre homme aussi rapidement.

 

Oui Il a reconstruit

On a tendance à oublier rapidement la fin du règne Domenech. La main d’Henry, les matchs pourris, l’ambiance insoutenable autour de cette équipe, l’affaire Zahia et, pour finir, la catastrophe de Knysna...
Ce jour-là, les Bleus ont ridiculisé la France et le football, en plus d'eux-mêmes. Le foot français aurait pu complètement exploser et l’on craignait un hiver polaire pour la sélection. Au lieu de cela, la France s’est qualifiée directement pour l’Euro, et atteint même les quarts de finale, ce qu’elle avait été incapable de faire lors des deux derniers grands tournois.
L’objectif est donc réalisé. Certes sans briller, certes dans une poule plutôt moyenne, mais sans psychodrames et sans frissons excessifs. A l’exception de ce France-Suède où ils n’étaient juste pas sur le terrain, mentalement parlant, les Bleus ont fait preuve d’une relative solidité défensive, et ont su marquer les buts importants, à défaut de dominer de la tête et des épaules leurs adversaires.
Preuve de ce redressement, la France a gagné à Wembley, à Brême, en Pologne, en Ukraine et contre le Brésil, et s’est qualifiée pour les quarts, alignant au passage 23 matchs sans défaites, deuxième meilleure série de l’histoire. Pas mal pour une équipe dont on s’accorde à dire qu’elle ne compte que deux ou trois éléments de grande classe, et que ses détracteurs jugent formée de sales gosses.
Arriver à ce stade de la compétition, et en présumant d’une élimination sans humiliation, permet de se tourner sereinement vers 2014, avec un groupe dont on oublie qu’il était le moins expérimenté, en termes de nombres de sélections par tête, des 16 présents en Pologne et en Ukraine. Si les Bleus font mieux, ce sera une belle performance et un bon socle de travail pour la suite. Et ce sera en partie grâce à Laurent Blanc.

NonBlanc n’est pas si bon

Derrière ce débat sur la prolongation ou non de Laurent Blanc, se joue un autre enjeu. Le Cévenol est-il un bon sélectionneur? Le bilan du sélectionneur est-il si bon que cela? Premier de son groupe et qualifié directement pour l’Euro, les résultats sont atteints. Mais sur le terrain et dans les comportements,la France ne fait toujours pas rêver.
Nasri n’en finit plus de déjouer sous le maillot bleu et son rendement affecte celui de l’équipe. Evra parle toujours de lui à la troisième personne. Alou Diarra n’est toujours pas un patron du milieu de terrain. Yohann Gourcuff est pré-sélectionné sans avoir réalisé un match de niveau international depuis 2 ans. Mexès continues sa carrière entre blessures, méformes et conneries. Malouda est aussi invisible sur le banc que sur le terrain. M’Vila peine à confirmer. Les «je crois que bon» à répétition en conf’ de presse saoulent tout le monde. Bref, aucun pari de Lolo ne semble payant à ce jour.
Que se serait-il passer si un sélectionneur avait témoigné à Ben Arfa la même confiance que Blanc à Gourcuff? Toulalan, Lass’ voire Mavuba ne sont-ils pas mieux placés que A. Diarra pour tenir le milieu? La France doit-elle à tout prix jouer avec un 10? Fallait-il rappeler si vite les pestiférés de Knysna? Blanc a pris des décisions fortes lors de ses deux ans à la tête de l’équipe de France. Des choix qui ont tous été remis en cause pendant les matchs du premier tour. Donner un blanc-seing pour les deux ans à venir à Lolo est donc loin d’être évident.

Oui Les joueurs lui font confiance

Abidal, Evra, Ribery... Ils auraient tous pu être tricards après le fiasco sud-africain. Mais ils sont bien présents et louent à chaque fois la personnalité et le travail du sélectionneur. Laurent Blanc a gagné le respect, la confiance, a donné l clefs à une nouvelle génération, découvert M’Vila ou Martin, responsabilisé Lloris ou Benzema, installé Rami, Mexès, Nasri...
Tout en relançant Evra ou Ribery, en couvant Gourcuff. Le «président» s’est comporté en sélectionneur «normal», loin du tumulte raymondien, il a apaisé les esprits, tendu des perches, beaucoup communiqué en interne et en externe, gagné plus de respect que suscité de crainte. On a peut-être pas l’enthousiasme, mais on a pas non plus le bruit et la fureur. Maintenant, il va aussi devoir montrer sa poigne pour relancer la machine et titiller la fierté qu’on espère écornée des joueurs.

NonInimitiés personnelles

Les brouilles entre le président de la FFF et le «président» de France 98 ont suffisamment été étalées sur la place publique. Le Graët ne comprend pas pourquoi Blanc a doublé tous les postes du staff de l’équipe de France. L’affaire des 1.200 euros de note de taxi de Barthez n’a rien arrangé à l’histoire.
De plus, depuis l’affaire VA-OM, Noël a un ennemi dans le football, Jean-Pierre Bernès, l’agent de Laurent Blanc et de plusieurs joueurs de l’équipe de France. Des casquettes multiples qui jettent le discrédit sur les listes de Laurent Blanc et contre lesquelles l’ancien président de Guingamp aimerait lutter.
N’oublions pas que le président de la FFF a été élu après la nomination de Laurent Blanc. S’il considère ne pas pouvoir travailler avec ce sélectionneurs - qu’il n’a pas choisi - ou son entourage, pourquoi prolonger son contrat? Pour aboutir à une situation digne de l’OM ? Cela n’a pas de sens.

Oui Cela l’aurait légitimé et aurait stabilisé le groupe pendant le tournoi

La pratique du wait and see a déjà causé une cata majeure: l’Euro 2004. Non assuré de rester à la tête des Bleus, Jacques Santini avait signé à Tottenham avant le tournoi. Le groupe s’était dispersé, faute de pouvoir sportif légitime et stable sur le banc, chacun pensait à l’après, à la retraite... Erreur et élimination piteuse en quarts après une phase de poule difficile.
Prolonger le sélectionneur, au contraire, lui donne une légitimité dans la poursuite de son travail. Cela crée de la stabilité, élément incontournable de la progression, les joueurs adhèrent au discours (s’il est sain), ou sont mis à la marge. Comment se focaliser sur le groupe quand l’après est à ce point incertain?
De plus, prolonger n’est pas conserver, et il est assez clair dans le milieu qu’un contrat est fait pour ne pas être honoré, surtout en cas de force majeure. Si la Fédération veut virer le coach, elle peut le faire sans trop de difficulté. Elle a l’argent pour faire le chèque, et le pouvoir pour pousser à un accord clair: tu atteints tes objectifs, tu restes, tu foires, tu pars. 
En novembre 93, les dirigeants ont bien obtenu le départ d’Houllier, qui se voyait continuer. En 2002, Lemerre est bien parti, alors que lui aussi était toujours sous contrat. L’épisode Domenech et sa confirmation en 2008 ont été une erreur de management de la part de la FFF d’Escalettes, incapable de prendre des décisions claires et de trancher les conflits. En choisissant un consensus mou (garder Raymond plutôt que lancer un nouveau sélectionneur), ce sont les pontes de la fédé qui ont manqué à leur devoir.

NonIl n’est pas irremplaçable

Selon les rumeurs du mercato, Blanc pourrait faire une Santini, quitter les Bleus pour les Spurs. On s’affole en coulisse. Les Bleus peuvent-ils perdre leur guide, celui qui les avait remis sur le droit chemin? Oui, sans problème.
Didier Deschamps s’interroge sur son avenir en club. Il apporterait aux Bleus une culture de la gagne indispensable en vue de la Coupe du monde 2014 au Brésil. On peut même imaginer qu’Arsène Wenger se laisse tenter par le poste, après des années à voir ses meilleurs espoirs le quitter à Arsenal. Enfin cela pourrait être l’occasion pour le foot français de faire preuve d’ouverture d’esprit et de récupérer l’Italien Capello laissé libre par les Anglais.

OuiParce qu’on a pas beaucoup mieux en remplacement

Blanc est-il un bon sélectionneur? L’avenir nous donnera une réponse plus claire, mais il est bien certain que se débarrasserde lui amènerait à une autre question: a-t-on mieux en magasin? Qui pour devenir sélectionneur demain, si Lolo décide de signer à Tottenham parce qu’il n’a pas de contrat entre les mains et ne sent pas qu’on lui fait confiance.
Deschamps? Kombouaré? Puel? Gillot? Wenger? Sagnol? Et pourquoi pas Guy Lacombe ou Alain Perrin... La France n’a pas pléthore de techniciens de haut niveau, capables de mener des grands joueurs à la baguette sur quelques jours us les trois mois, d’adapter ses plans de manière perpétuelle, d’imposer son charisme, et de mettre en place un style de jeu efficace. Blanc a jusque là fait ses preuves et méritait donc qu’on lui témoigne cette confiance en son travail et en ses qualités, avec l’accord moral d’un départ en cas de crash incontrôlé.
Ludovic Job et Olivier Monod
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Rédigé par Slate.fr le Samedi 23 Juin 2012