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France : économie

La gauche s'engage sur le chemin de la rigueur

lemonde.fr

Le gouvernement dévoilera, mercredi 4 juillet, le premier budget d'un quinquennat marqué du sceau de la rigueur, un texte qui vise à trouver des milliards d'euros pour tenir les objectifs de réduction du déficit malgré le ralentissement de l'économie.

Cet exercice délicat intervient dans un contexte économiqueans une interview à paraître lundi 2 juillet dans Le Figaro, le ministre de l'économie et des finances, Pierre Moscovici, déclare que le gouvernement se fondera sur une prévision de croissance de 0,4 % du PIB, voire moins, dans le projet de loi de finances rectificative pour 2012 et table sur une progression de 1 % à 1,3 % pour 2013, contre 1,7 % escompté jusqu'à présent.

Lire : "Le gouvernement rabaisse ses prévisions de croissance pour 2012 et 2013"
Cette loi de finances rectificative pour 2012 n'est que la première étape d'une longue série de textes qui rogneront les dépenses et augmenteront les impôts tout au long du quinquennat jusqu'à atteindre l'équilibre des comptes publics en 2017, ce qu'aucun gouvernement français n'a réussi à faire depuis 1974.
La Cour des comptes tirera lundi la première salve. En présentant son audit, elle dira l'ampleur des efforts à accomplir pour réduire comme prévu le déficit public à 4,5 % du PIB fin 2012, 3 % fin 2013 et 0 % fin 2017, contre 5,2 % fin 2011. Cet ajustement représente une centaine de milliards d'euros sur la durée du quinquennat, soit un dixième de la dépense publique annuelle totale de la France. Le document, que François Hollande avait commandé à Didier Migaud dès son installation à l'Elysée, est arrivé samedi sur son bureau.
IL MANQUE 8 MILLIARDS D'EUROS POUR 2012
Comme attendu, il recèle peu de bonnes nouvelles. Il manque entre 7,5 et 8 milliards d'euros pour tenir l'objectif de réduction du déficit cette année. Le budget rectificatif pour 2012 devra trouver cette somme d'ici la fin de l'année et préparer le passage à 3 % en 2013, en annulant des baisses d'impôts décidées par Nicolas Sarkozy et en créant de nouvelles taxes, une solution dénoncée par le patronat et par la droite.
Le gouvernement devrait annoncer mercredi la création d'une nouvelle taxe sur les stocks pétroliers, relever la taxe systémique sur les banques et la taxe sur les transactions financières, porter le forfait social sur la participation et l'intéressement de 8 % à 20 % et revenir sur des baisses d'impôts.

Lire : "Le collectif budgétaire met à contribution banques et pétroliers"
1,5 MILLIARD DE DÉPENSES NON FINANCÉES PAR LA DROITE
Le barème de l'impôt sur la fortune (ISF) serait relevé, le régime des successions durci, l'exonération de charges des heures supplémentaires supprimée dans les entreprises de plus de 20 salariés et une taxe sur les dividendes devrait être créée.
 Autre mauvaise nouvelles, rapporte le Journal du Dimanche : le ministre du budget, Jérôme Cahuzac, a découvert au moins 1,5 milliard d'euros de dépenses mal financées par ses prédécesseurs. "Par exemple, précise le JDD, la prime de Noël pour les allocataires du RSA et diverses mesures de solidarité feraient défaut pour 300 millions d'euros". En outre, "200 millions d'euros de baisses de charges promises aux agriculteurs n'auraient pas été provisionnées, ainsi que des bourses aux étudiants, des programmes pour l'hébergement d'urgence, de façon plus classique, des dépenses militaires". Le ministre du budget avait déjà indiqué jeudi que le dixième mois de bourses promis par l'ancienne majorité aux étudiants représentant 150 millions d'euros par an n'était pas financé, entre autres "impasses" budgétaires laissées selon lui par le gouvernement Fillon.
LES PROMESSES DE CAMPAGNE
Mais certaines promesses de campagne de François Hollande pèsent également dans la facture. L'opposition aimerait ainsi comprendre comment l'exécutif tiendra les dépenses, après avoir arrêté la politique de réduction du nombre de fonctionnaires, augmenté l'allocation de rentrée scolaire et donné un léger "coup de pouce" au smic, qui pèse sur les allégements de cotisations à hauteur de 1 milliard d'euros cette année. Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a déjà donné quelques grandes orientations, même si les réponses précises viendront après les vacances d'été, avec le budget 2013.
Selon Jean-Marc Ayrault, la dépense de l'Etat sera gelée en valeur de 2013 à 2015, hors charge de la dette et retraites des fonctionnaires, ce qui supposera une baisse de 7 % des dépenses de fonctionnement l'an prochain, puis 4 % en 2014 et 4 % en 2015, et un "effort de même ampleur" sur les dépenses d'intervention, des coupes supérieures à celles réalisées sous Nicolas Sarkozy.

Lire : "Matignon fixe à ses ministères de sévères objectifs d'économies"

Zoom : "Un gel des dépenses plus strict qu'annoncé pendant la campagne"
L'ETAT DÉPENSE 350 MILLIARDS D'EUROS PAR AN
Si la croissance pourrait cette année être proche de la prévision gouvernementale - selon le journal du Dimanche, le gouvernement a calé sa prévision de croissance 2012 sur celle de l'Insee, soit +0,4 % - l'abaissement de la prévision gouvernementale pour 2013, actuellement de 1,7 %, est attendue dans les prochaines semaines.
L'Etat, qui dépense environ 350 milliards d'euros par an, sur une dépense publique totale d'un millier de milliards, est responsable de la quasi-totalité du déficit public, avec un besoin de financement de 90 milliards d'euros l'an dernier. Il est endetté de presque 1 400 milliards d'euros, sur une dette publique totale de près de 1 800 milliards fin mars, le reste de la dette étant contracté par la Sécurité sociale et les collectivités locales. Avec un endettement public supérieur à 89 % du PIB, la France a atteint le niveau à partir duquel des études statistiques montrent que l'activité économique d'un pays est freinée.

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Rédigé par lemonde.fr le Dimanche 1 Juillet 2012