Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
A LA UNE FRANCE

Le spectre de l'abstention guette

CIESMA Mauritanidees

Le spectre de l'abstention guette
Depuis 1988 et la réélection de François Mitterrand, la France a basculé dans un cycle de basse mobilisation électorale. A partir de cette date, tous les scrutins ont été affectés par une progression d'environ 10 points de l'abstention à laquelle ne semble échapper que l'élection présidentielle.

Mais, lors du premier tour de 2002, l'abstention se situe pour la première fois aux alentours de 30 %. Certes, les trois tours de scrutin présidentiel qui suivent sont caractérisés par des niveaux très élevés de participation : jusqu'à 84 % en 2007, un sommet historique. Tous les records d'abstention seront néanmoins pulvérisés lors des élections qui suivront : aux municipales de 2008, aux européennes de 2009, aux régionales de 2010 et, enfin, aux cantonales de 2011. La présidentielle de 2007 n'aura donc pas été le signe annonçant l'ouverture d'un nouveau cycle de remobilisation électorale.

Ces éléments permettent de poser une certitude et de formuler une interrogation.

La certitude, attestée par les présidentielles de 2002 et 2007, tient dans le fait que le basculement dans le non-vote de larges pans de la population n'est pas irrémédiable. L'abstention contemporaine se nourrit davantage de la généralisation d'une participation électorale intermittente que de la rupture d'une fraction de la population avec l'acte de vote. Plus de trois décennies d'alternance droite/gauche systématique, porteuses d'un fort désenchantement démocratique, ainsi que tout le scepticisme qui s'exprime quant à la capacité du politique à améliorer la vie n'ont pas conduit à une sortie radicale de la civilisation électorale.

Aujourd'hui encore, les abstentionnistes constants représentent moins de 10 % des inscrits, auxquels il convient d'ajouter environ 6 % de non-inscrits. Une grande partie des électeurs méfiants ou désabusés demeurent donc, à ce jour, mobilisables.

Une fois cette certitude énoncée, la question qui se pose concerne l'avenir de l'élection présidentielle : ce scrutin parachèvera-t-il le basculement dans le cycle de basse mobilisation ouvert en 1988 ? Si l'abstention devait dépasser à chacun des deux tours 25 %, il en résulterait que même le scrutin roi est concerné par cette tendance à la désaffection des urnes. A l'inverse, si l'abstention devait se situer aux alentours de 20 %, il se confirmerait que l'élection présidentielle est épargnée et reste donc bien le seul moment de mobilisation électorale majeure au sein de notre système politique.

L'enjeu est ici indissociablement sociologique et politique.

Sociologique tout d'abord. L'abstention ne se distribue pas au hasard au sein de l'espace social. Si les choix politiques sont, peut-être, moins qu'hier liés aux catégories socioprofessionnelles, les déterminants sociaux de la participation n'ont, en revanche, jamais été aussi puissants. Les plus jeunes, les moins diplômés, les plus affectés par le chômage, les plus précaires des salariés constituent ainsi les catégories d'électeurs les plus abstentionnistes : jusqu'à 35 points de participation les séparent, par exemple, des catégories les plus participationnistes lors d'un scrutin de moyenne intensité tel que les municipales de 2008.

Dès que l'abstention progresse, les couches moyennes-supérieures et les personnes âgées se retrouvent ainsi surreprésentées dans les urnes. Parce qu'ils rassemblent des catégories de la population qui cumulent toutes ces caractéristiques - quartiers jeunes, moins diplômés, plus affectés par le chômage que le reste du pays -, les quartiers populaires des grands ensembles sont aussi ceux où les taux d'abstention sont le plus élevés ; à l'exception notable de la présidentielle 2007 où ils s'étaient massivement mobilisés en faveur de la gauche.

Ce dernier point permet de souligner combien la participation électorale représente un enjeu déterminant dans la production des rapports de forces politiques. La France découvre après les Etats-Unis qu'une élection se gagne d'abord dans la capacité à susciter la mobilisation vers les urnes des milieux et des groupes potentiellement les plus favorables.

Dans cette perspective, les partis de gauche souffrent d'un désavantage concurrentiel : leur électorat est, en moyenne, plus jeune que celui de la droite, donc plus enclin à l'abstention. De même, les quartiers où la gauche enregistre ses meilleurs résultats - les cités de banlieue - sont aussi ceux où les tendances abstentionnistes sont les plus fortes.

Ces moindres prédispositions au vote traduisent des inégalités sociodémographiques de compétence et donc d'intérêt pour la politique spécialisée qui ont longtemps été compensées par la présence d'un "mouvement ouvrier de masse". Son objectif était de contrecarrer par le nombre la faiblesse des ressources individuelles, mais aussi de produire la mobilisation civique et d'assurer des missions éducatives, en premier lieu politiques (la fameuse élévation du "niveau de conscience"). Jusqu'aux années 1970, les quartiers populaires des grands ensembles ont ainsi voté dans les mêmes proportions que le reste du pays en raison de la présence du Parti communiste et de la myriade d'associations qu'il contrôlait.

Le surcroît d'abstention que l'on enregistre, depuis, au sein de ces territoires est d'abord une conséquence du démantèlement de ces structures partisanes qui opéraient comme des instances efficaces de socialisation politique et de mobilisation électorale.

L'on comprend, dès lors, que le Parti socialiste se soit fixé l'objectif de frapper à cinq millions de portes, situées en priorité dans des quartiers de grands ensembles. Si l'élection devait être serrée - sur le modèle de 1974 -, une mobilisation citoyenne d'une telle ampleur pourrait apporter les centaines de milliers de voix susceptibles de faire basculer le scrutin.

Elle aurait sans doute également pour effet, en maintenant dans le vote des catégories de la population enclines à demeurer à l'écart, d'inciter les candidats et les partis à répondre davantage, dans leurs programmes, aux préoccupations des plus jeunes et des plus précaires que leur éloignement des urnes rend électoralement moins "rentables".

Difficile, en effet, de ne pas postuler que si les banlieues sont, à ce point, absentes de la campagne présidentielle, c'est avant tout en raison du très faible taux de mobilisation électorale de quartiers qui concentrent les populations étrangères, beaucoup de jeunes de moins de 18 ans, d'adultes non inscrits sur les listes et, enfin, d'abstentionnistes.

Pour illustrer les effets de cette ghettoïsation électorale, un exemple suffit : le 21 avril 2002, dans une cité ordinaire de 1 400 habitants comme les Cosmonautes, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), seuls 291 électeurs s'étaient rendus aux urnes. C'est aussi dans de tels chiffres que réside l'explication de l'élimination de Lionel Jospin au premier tour du scrutin.

Mais, si l'abstention reste sociologiquement de gauche, elle peut être, selon la conjoncture, politiquement de droite. Ainsi, les défaites de l'UMP lors de tous les scrutins qui se sont succédé depuis 2007 relèvent-elles certainement d'une démobilisation particulièrement marquée au sein du conglomérat électoral qui avait assuré la victoire électorale de Nicolas Sarkozy.

Cette démobilisation a principalement touché les segments les plus populaires de ce conglomérat. Pour le président-candidat également, les chances de victoire se jouent donc dans sa capacité à remobiliser ceux qui l'ont abandonné pour se tourner vers le FN, mais aussi - on l'oublie trop souvent - pour basculer dans le retrait abstentionniste.

Quoi qu'il en soit, le second tour de 2002 et les deux tours de 2007 démontrent que seules des campagnes de très forte intensité parviennent encore à faire se déplacer vers les urnes ceux qui s'en tiennent habituellement à distance. C'est l'un des grands enseignements de la dernière décennie : plus encore que par le passé, la mobilisation des électeurs est dépendante de l'intensité des campagnes, c'est-à-dire du niveau d'exposition médiatique auquel sont soumis les citoyens, de la capacité des candidats à incarner l'espoir ou à susciter le rejet, de la visibilité des enjeux, de la dramatisation que les acteurs politiques et médiatiques parviennent à introduire dans la scénarisation de la campagne.

Dans ce type de contexte de haute intensité, même ceux qui ne suivent pas directement la campagne sont alors affectés, sous l'effet de dynamiques d'entraînement alimentées par les plus politisés de leurs proches, à la maison ou au travail. Car, en l'absence d'encadrement partisan, la famille constitue bien aujourd'hui la cellule de base du dispositif de mobilisation électorale.

Sous tous ces rapports, la campagne actuelle présente des caractéristiques qui, à ce jour, ne sont pas les plus propices à reproduire le record historique de participation de 2007. Nicolas Sarkozy, qui fut un candidat particulièrement mobilisateur en 2007, le sera sans doute moins cette année. François Hollande paraît avoir délibérément choisi de ne pas se présenter en homme de "la rupture" de manière à ne pas susciter de trop grandes espérances. Le décor même de la campagne, avec la crise en arrière-plan, entretient un certain désenchantement démocratique en réduisant encore l'espoir que l'alternance soit porteuse d'une réelle alternative politique.

Dans ce contexte, la progression de l'abstention représente bien une hypothèse rationnelle, que les acteurs politiques et les électeurs ont moins d'un mois pour éventuellement invalider.
Céline Braconnier, maître de conférences en sciences politiques à l'université de Cergy-Pontoise ;
Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences politiques à l'université Montpellier-I.
Ils sont coauteurs de "La Démocratie de l'abstention" (Gallimard, 2007)

Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen

Lemonde.fr
Lu 112 fois
Notez
Rédigé par CIESMA Mauritanidees le Lundi 9 Avril 2012
S'identifier

TeamElyVall : Ely Ould Mohamed Vall "la mauritanie est instable, cette situation n'est pas durable" http://t.co/NNckQiNnzF… #Mauritanie #sénégal #ElyVall
Samedi 20 Décembre - 02:58
Ciesma mauritanidees : Persistance de la menace terroriste sur Gao : Un stock d’armement important, des munitions http://t.co/Y6m65EPuWB via @MaliWeb
Vendredi 19 Décembre - 17:35
Amazigh Tweet : #Kabylie Alger et Paris signent une convention sur la formation des imams: Paris et Alger ont signé jeudi une... http://t.co/HxAhnFFo0m
Vendredi 19 Décembre - 17:22
قناة الجزيرة : دولي | تركيا تصدر قرارا باعتقال غولن وتطلق ثمانية من مؤيديه http://t.co/j4n82oSxxF #الجزيرة
Vendredi 19 Décembre - 17:12
Ciesma mauritanidees : #MAURITANIE Terrorisme islamiste et militarisation du pouvoir en Mauritanie: Danger de « somalisation » http://t.co/cIrde0KbrH
Vendredi 19 Décembre - 17:10
Ciesma mauritanidees : Mali: une foule nombreuse pour l’inhumation d’Intalla ag Attaher http://t.co/PXCBfboElp via @RFI
Vendredi 19 Décembre - 17:06
Gilles N. : #Syrie nouvelle vidéo d'#IS wilaya de Hassaké en français: "Ô vous les sincères recevez ce message" http://t.co/0o1nAZjZQx
Vendredi 19 Décembre - 17:06
Ciesma mauritanidees : Appui de plus de 23 millions USD de la BAD à la Mauritanie http://t.co/XXJzxFWDbB via @sharethis
Lundi 15 Décembre - 18:00
Ciesma mauritanidees : Le sommet du « processus de Nouakchott » se tiendra le 18 décembre http://t.co/Y1n2KeCfzu via @sharethis
Lundi 15 Décembre - 17:59
Wassim Nasr : #الدولة_الإسلامية تتقدم في #الأنبار رغم الضربات الجوية والمجهود الحربي #الفلوجة #الرمادي #البغدادي http://t.co/lwycSvMBxT
Lundi 15 Décembre - 17:59
Ciesma mauritanidees : منتدى في داكار يبحث السلم والأمن في إفريقيا http://t.co/4vjv2tMjKM
Lundi 15 Décembre - 17:58
Ciesma mauritanidees : The Evolution of #ISIS http://t.co/XEj4D2z8QM
Lundi 15 Décembre - 17:55
Ciesma mauritanidees : رئيس الوزراء العراقي يكافح لتوحيد أمة ممزقة http://t.co/9NPjdcP6oJ
Lundi 15 Décembre - 17:42
Ciesma mauritanidees : الاتحاد الأوروبي يؤيد خطة الأمم المتحدة لهدنة سورية http://t.co/UKo3J2njEd
Lundi 15 Décembre - 17:41
Ciesma mauritanidees : مبعوثة الأمم المتحدة للساحل: أزمة ليبيا قد تؤدي لزعزعة استقرار دول مجاورة http://t.co/28nm4AUooa
Lundi 15 Décembre - 17:41
Ciesma mauritanidees : Francia detiene a diez miembros de una supuesta red yihadista http://t.co/cjPYpKNeTs
Lundi 15 Décembre - 17:38
Ciesma mauritanidees : U.N. Sahel envoy says Libya turmoil could destabilise neighbours http://t.co/8Nq4WStxtZ
Lundi 15 Décembre - 17:37
Ciesma mauritanidees : Hundreds feared missing after boat sinks in Lake Tanganyika http://t.co/TyGuT5jOF0
Lundi 15 Décembre - 17:30
Ciesma mauritanidees : http://t.co/Jo3oooZq4X
Lundi 15 Décembre - 17:28
Ciesma mauritanidees : #SergeLazarevic : "Ni rançon, ni troc de prisonniers" par le Mali pour la libération du français http://t.co/2rVzUZzaSs via @MaliWeb
Mercredi 10 Décembre - 12:00