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Mauritanie/Sénégal:Ciel nuageux


Mauritanie/Sénégal:Ciel nuageux
Entre la Mauritanie et le Sénégal, c’est, on dirait, l’éternel recommencement. Il y a tellement de ressentiments rentrés, tellement d’intérêts qui s’opposent, tellement de complexes de part et d’autre, que la crise n’attend généralement que la moindre anicroche pour apparaître. Aujourd’hui, c’est l’affaire Moustafa Ould Limam Chafi qui met le feu aux poudres. Cet opposant mauritanien qui fait au Burkina Faso office de conseiller à la Présidence, qui possède des relations solides avec plusieurs chefs d’Etat africains, qui a à sa disposition donc plusieurs passeports diplomatiques inquiète fortement les autorités mauritaniennes qui le soupçonnent fortement de vouloir mener des actions subversives contre le régime.

De passage à Dakar, il a été suivi de prés par les services secrets mauritaniens qui, n’ayant pu l’extrader par leurs propres moyens, ont demandé l’aide des sénégalais. Dakar n’a pas voulu, même quand Nouakchott y a mis les formes, en lançant un mandat d’arrêt international contre lui. L’ire des mauritaniens risque aujourd’hui de porter un coup sévère aux relations entre les deux pays.

Surtout que Nouakchott possède une carte : 160000 sénégalais vivent en Mauritanie alors que seulement 10000 mauritaniens sont établis à Dakar.

Mais les relations entre les deux pays ne sont pas à leur premier accroc.
Déjà, avant même l’indépendance l’appui affirmé des grands partis sénégalais à la revendication de certains milieux négro-africains revendiquant l’adhésion à la Fédération du Mali, créée entre le Soudan Français et le Sénégal, faisait grincer des dents.

Le transfert de la capitale de Saint Louis à Nouakchott n’a aussi pas été du goût de tout le monde surtout que les sénégalais revendiquaient  pour eux toute la vallée du fleuve et que les mauritaniens soutenaient  que tout compte fait la partie nord de Saint Louis devait leur revenir.
Le Président Mokhtar Ould Daddah et le Président Senghor allaient échanger des correspondances polies mais fermes à ce sujet.
La crise scolaire de 1966 et les émeutes qui suivirent laissèrent un goût amer des deux côtés…
Avec l’arrivée des militaires au pouvoir, la distance commença à se creuser davantage entre les deux pays. Face à l’hypothèse de la naissance d’un Etat sahraoui dans le Rio de Oro (vite balayée par les marocains) Senghor n’hésita pas à menacer dans une interview de demander en contrepartie l’autonomie pour les « 5OO.OOO sénégalais de Mauritanie ». La réponse du Ministre mauritanien des Affaires Etrangères de l’époque fut des moins diplomatiques.

En 1986 Maaouiya entama sa première crise avec les Sénégalais à propos de l’exportation de produits mauritaniens. La tentative de coup d’Etat négro-africain en 1987 et les grands lynchages de 1989 firent le reste.500000 mauritaniens quittèrent le Sénégal, prés de 200000 séngalais durent s’en aller d’ici. « Les affamés du Sahel se donnèrent le suprême plaisir de s’entre massacrer » dira un chroniqueur européen. Les président Taya et Diouf prirent deux années seulement pour se rencontrer sous les auspices du Président Mitterrand alors que la question des réfugiés mauritaniens au Sénégal posait problème. Les maures du Sénégal renvoyés de chez eux n’eurent personne pour les défendre et durent bien se résoudre à s’intégrer ici.

Le Remake ?

Aujourd’hui, il y a comme un air de 1989. Les « réfugiés » mauritaniens au Sénégal manifestent encore malgré un programme qui a ramené ici prés de 30000 personnes. Les Sénégalais de Mauritanie potestent contre la carte de séjour qui leur est désormais imposée et qui coûte prés de 30000 ouguiyas, les mauritaniens du Sénégal se font tout petits et dans les milieux proches du pouvoir, on peste en privé contre ce « peul » qui est arrivé au pouvoir à Dakar et qui risque de se faire entourer par ses cousins anti-mauritaniens ».
Macky SAll n’a en apparence pas compris combien les relations entre les deux pays sont sensibles. N’ayant pas saisi la profondeur du ressentiment du pouvoir mauritanien contre lui, il a tout naïvement envoyé son ministre des Affaires Etrangères à Nouakchott pour préparer une prochaine arrivée ici. Les mauritaniens n’ont nullement apprécié ce geste qu’ils estiment hâtif  vu les nombreuses questions qui fâchent et qui n’ont pas reçu de réponse. Résultat : Ould Abdel Azziz soucieux comme tous les précedents chefs d’Etat mauritaniens de « faire comprendre aux sénégalais les choses » a choisi de ne pas recevoir l’émissaire sénégalais qui a dû se contenter des bureaux du Premier Mnnistre.
Seulement, il est clair que Macky Sall et AbedlAzziz tout deux nouvellement arrivés au pouvoir sont en train de se jauger. Il est aussi sûr que soucieux tous les deux de stabilité, ils éviteront d’aller trop loin. Sauf si des événements importants les y poussent, malgré eux.

Mohamed Mahmoud Ould Targui
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Rédigé par le Vendredi 6 Juillet 2012