Objectif de la manifestation : sensibiliser les cadres et militants sur la déclaration conjointe du Conseil National et du Bureau Exécutif, comportant notamment un plan en sept points pour une solution de sortie de crise en Mauritanie.
Ce parti, qui dispose officiellement de dix sept députés à l’assemblée nationale, plaide en faveur de l’abandon du pouvoir par l’armée et «l’inéligibilité» des membres des forces armées et de sécurité en service au 6 août 2008, à la prochaine élection présidentielle, dont la date est fixée au 6 juin 2008.
Le RFD estime, en effet, que le maintien de l’armée au pouvoir «accentuera davantage l’isolement international du pays et l’exposera à de nouvelles sanctions économiques et politiques encore plus larges et plus dévastatrices». En fait, une mini apocalypse qui anéantirait les efforts de développement pour plusieurs années.
Afin d’éviter d’en arriver à une telle situation, le parti préconise un regard dans le rétroviseur pour trouver « des précédents ayant valeur de jurisprudence au plan national et international pour déclarer l’inéligibilité des gouvernants militaires à des échéances électorales ». Illustration avec le cas de la Mauritanie sous la première transition (règne du CMJD) et celui, encore actuel, de la Guinée.
Suit alors une proposition donnant aux membres du Haut Conseil d’Etat (HCE) toutes les garanties d’égard et de considération dont ils devraient ultérieurement bénéficier en acceptant «le sacrifice». Une option plutôt rare sous notre ciel d’Afrique qui explique l’attrait des exemples de Robert Guei, Ibrahim Barre Mainassara et François Bozizé… Des exemples qui ont plus d’émules que celui de Amadou Toumany Touré (ATT), l’actuel président du Mali qui avait rendu le pouvoir aux civils à la suite d’élections transparentes et qui n’a eu aucune peine de revenir huit ans plus tard à la présidence de son pays par la grande porte.
Le choc des ambitions
C’est dire que les récriminations exposées dans la déclaration ont de fortes chances de tomber dans les oreilles d’officiers généraux ayant l’intime conviction que le président du RFD, trois fois candidat malheureux à une élection présidentielle, plaide uniquement en faveur d’une formule qui lui ouvrirait un large boulevard vers le palais de la République. Comme un homme «obnubilé» par le pouvoir et prêt à tout pour arriver à son objectif.
Ces derniers étant fortement intéressés par le fauteuil présidentiel, au point de «minimiser» l’impact des sanctions actuelles et futures, on assiste à un véritable choc des ambitions.
Une prétention à devenir locataire du palais de la République de la part de Daddah, jugée
« très légitime» par le sénatrice RFD et grande cantatrice, Maalouma Mint Meidah. Une dame forgée dans le roc, qui pulvérise ainsi les arguments des détracteurs du leader du RFD. Méthode choisie, un rappel relativement simple: la vocation originelle de toute association politique est d’arriver au pouvoir pour mettre en œuvre un programme en faveur du développement des populations. Pour atteindre l’objectif, Maalouma balise le chemin à suivre. Une démarche excluant la fraude électorale et les coups d’états. Argument en béton dont la seule faille pourrait résider dans le soutien apporté par le RFD au putsch des généraux, un véritable incident pour certains, mais ce parti continue de faire valoir sa propre version de la situation politique qui prévalait auparavant dans le pays. A plusieurs reprises, le président du RFD s’est défendu en disant que le président Sidi n’a jamais gouverné et que c’étaient plutôt les militaires qui détenaient le pouvoir. Autant, disait-il, traiter directement avec eux en espérant les ramener à corriger le tort de l’élection de 2007 à travers l’organisation d’une nouvelle consultation électorale démocratique.
Dans le même cadre, une certaine presse prête au leader du RFD l’intention de se présenter à l’élection présidentielle que le pouvoir militaire compte organiser le 6 juin prochain. Une éventualité fortement démentie dans l’entourage du chef de file de l’opposition à tel qu’on y voit carrément une volonté de salir l’image du personnage qui semble bien déranger à ‘’gauche’’ et à ‘’droite’’.
Quant à l’ambition présidentielle des militaires, qui peut être aussi parfois légitime, dans certaines circonstances, elle renvoie à une importante et lancinante question. Celle de savoir si l’armée à pour vocation originelle de conquérir le pouvoir ? Une interrogation dont la nécessaire réponse a été zappée par les deux transitions militaires, mais dont le débat pour l’approfondissement de la démocratie ne peut continuer à faire l’économie indéfiniment.
En attendant, les partenaires de notre pays se sont donnés rendez à Paris le 20 février prochain dans le cadre d’une nouvelle réunion d’évaluation des «progrès» accomplis sur le difficile chemin du règlement de la crise politique et institutionnelle qui trouble notre sommeil.
Une rencontre qui devrait être déterminante sur le chemin du «salut» ou sur la voie conduisant vers la ‘’guillotine’’ des sanctions généralisées.
La classe politique et les militaires pourront-ils présenter enfin un plan consensuel et une solution nouvelle, imaginative en rupture avec la rhétorique habituelle qui a toujours abouti au même résultat, montrant ainsi ses limites et insuffisances à l’occasion des rencontres précédentes?
Certes, le temps presse, mais, delà au désespoir, il y a bien de l’espoir.
Cheikh Sidya
Publié par www.biladi.mr

