Il s'agit d'événements où la Russie n'apparaît pas forcément sous son meilleur jour. Il existe en effet un point de son histoire contemporaine qui divise la Russie et ses voisins. Les pays baltes considèrent qu’à partir de la Seconde-Guerre mondiale, l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) les a envahis puis occupés. Pour la Russie, il s'agit-là d'une falsification de l'histoire. Ce pays considère au contraire que l'Union soviétique a libéré ces trois pays, qui ont ensuite volontairement intégré l'URSS.
Le ministère de l’Education a donc fourni un cahier des charges pour, je cite, de dénoncer, « des falsifications de l'Histoire » qui sont devenues « une arme visant à affaiblir l'influence internationale de la Russie ».
Ce thème est récurrent dans le discours des autorités russes et en particulier de Vladimir Poutine qui met régulièrement l’accent sur la grandeur de la Russie… Mais pourquoi revient-il aujourd'hui sur le devant de la scène ? Il y a quelques années, le président avait expliqué à des historiens que les manuels d’histoire devaient inculquer un sentiment de fierté aux nouvelles générations, contrairement aux manuels des années 1990 qui donnaient, selon lui, un sentiment de culpabilité.
Stolypine : « la gloire et la fierté de la Russie »
Ainsi, en 2007, un manuel scolaire approuvé par le ministère de l'Education, qualifiait le style de gestion pratiqué par Staline « d'efficace » - sans insister sur les répressions et les purges. Aujourd'hui, de retour au Kremlin, Vladimir Poutine entend donc ainsi sans doute réaffirmer la grandeur de la Russie, un pays qui ne se laisse rien dicter par l'étranger. Et c'est également dans ce sens que le ministère de l'Education entend éditer des manuels qui ne minimisent pas le rôle de personnalités historiques éminentes constituant « la gloire et la fierté de la Russie ». Mais de quelles personnalités s'agit-il ? Le ministère ne donne pas de noms dans son cahier des charges, mais on peut imaginer que l’accent pourrait être mis sur des personnalités comme Piotr Stolypine, par exemple, le Premier ministre de Nicolas II, dont la Russie a fêté récemment le 150è anniversaire. Vladimir Poutine a fait l’éloge du parcours de Stolypine en expliquant qu’il avait pris les commandes du pays à un moment difficile et dramatique de fracture politique et sociale…. Stolypine avait été nommé Premier ministre en 1906, un an après d’importants troubles sociaux. Il avait inauguré une réforme agraire tout en luttant contre les révolutionnaires. Cet hommage de Vladimir Poutine à Stolypine prend un accent particulier à un moment où il est lui-même confronté à une vague de contestation sans précédent et où il redoute une révolution du type de celles qu'ont vécues l'Ukraine ou la Géorgie. Il n'est sans doute pas innocent que dans son cahier des charges destiné à ces nouveaux manuels scolaires, le ministère de l'Education souligne que les tentatives de réécriture de l'histoire amènent à une incompréhension de l'histoire contemporaine par les jeunes, ce qui les pousse à « s'opposer à la politique du gouvernement, au détriment des intérêts de la Fédération de Russie ».
RFI / Avec Anastasia Becchio









