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France : économie

Taux négatifs : une bonne nouvelle pour la dette française ?

Lemonde.fr

 Les Cassandre qui voyaient les spéculateurs attaquer l'Hexagone au lendemain de la victoire de François Hollande en sont pour leurs frais. Deux mois après l'arrivée au pouvoir du gouvernement socialiste et six mois après que Paris a perdu son triple A, non seulement les investisseurs n'ont pas fait grimper les taux des emprunts d'Etat, mais... ils sont prêts à perdre de l'argent pour prêter à la France.
Lundi 9 juillet, Paris a placé près de 6 milliards d'euros d'obligations à trois et six mois à des taux d'intérêts négatifs - respectivement - 0,005 % et - 0,006 %. Les investisseurs récupéreront à l'échéance moins que ce qu'ils ont prêté à la France ! "Quand vous placez vos bijoux dans un coffre-fort, vous êtes prêts à payer pour cela", résume un haut fonctionnaire européen.
"CONFIANCE"

La France, malgré une dette qui atteindra 90,5 % du produit intérieur brut (PIB) fin 2012, ferait donc figure de havre de paix sur les marchés ? Dans une zone euro en pleines turbulences financières, tout est question de comparaison. "Certains fonds de pension obligés d'investir en euros ne veulent prendre aucun risque, ils ciblent les pays qui leur inspirent le plus confiance", explique Frederik Ducrozet, économiste au Crédit agricole CIB. Parmi ceux-ci, on trouve l'Allemagne, à qui sa réputation d'orthodoxie financière confère le statut de valeur refuge par excellence. Mais aussi la Finlande, les Pays-Bas et l'Autriche. Face à ces petits pays, la dette hexagonale, par sa taille, présente l'avantage de la liquidité - les obligations sont plus faciles à acheter et à vendre.

Sur des échéances plus longues, Paris paie encore pour s'endetter mais à un prix très bas. Les taux des emprunts français à dix ans approchent les 2,4 % sur le marché secondaire, où s'échange la dette déjà émise. Bien loin des 3,75 % prévus dans le projet de loi de finance 2012, ou même des 2,83 % atteints à la veille de l'élection présidentielle. Sans parler des 7 % que les marchés exigent de l'Espagne...
Le basculement des taux en territoire négatif serait donc une bonne nouvelle ? Pas si sûr. L'absence de paiement d'intérêts est appréciable sur le plan comptable, mais marginale. En revanche, elle illustre l'écart grandissant qui se creuse en zone euro, signe de la profonde déstabilisation du Vieux Continent.
"DYSFONCTIONNEMENT"
Interrogé sur le sujet, Christian Noyer, gouverneur de la banque de France, en a relativisé la portée, mardi 10 juillet. "C'est une bonne nouvelle car cela montre la crédibilité de notre pays dans sa stratégie de retour à l'équilibre des finance publiques. Mais, comme les émissions allemandes à taux négatifs, c'est aussi la marque d'un dysfonctionnement des marchés en zone euro et cela justifie pleinement les efforts entrepris [par les Européens] pour lutter contre ces dysfonctionnements" a souligné M. Noyer, à l'occasion de la présentation du rapport annuel de la Banque de France.
Toujours prompts à tacler Paris, les éditorialistes du Wall Street Journal y voient un autre danger : que M. Hollande lise cette baisse des taux comme un blanc-seing des marchés à sa politique actuelle. Et ne juge pas nécessaire d'engager le pays dans de nouvelles réformes.
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Rédigé par Lemonde.fr le Mercredi 11 Juillet 2012